Véra (Sergeant Bertrand) dans Page des Libraires

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Véra ou le nouveau Horla

Histoire d’un amour fou, d’un amour malade où la jalousie, telle une bête infernale, ronge la lucidité de l’homme et lui fournit sa matière noire.

par Karine Henry

Partout où il regarde, elle est là, Véra, la femme éblouissante dont Nikolaï s’étonne encore être le mari, celui qu’elle dit aimer : un amour fou donc, mais un amour tragique, un amour pathologique. Car si l’homme s’étonne, soudain il en vient à douter mortellement. Or le lecteur vit cet amour depuis l’intérieur du crâne de Nikolaï, sans pouvoir y échapper, aussi est-il happé dès les premières lignes par la jalousie qui lui dévore l’âme et, peut à peu, dérègle son psychisme jusqu’à la folie. Une folie dangereuse car ses rages et violences sont d’autant plus grandes qu’irraisonné et irraisonnable est son amour, un amour tyrannique et paranoïaque. De qui est jaloux Nikolaï ? Quel mal lui fait Véra, la si douce et si discrète ? Rien ? Ou bien tout ce que dit voir et entendre Nikolaï ? Or toute la tension du roman tient en cela qu’il est impossible de trancher : le lecteur est condamné à voir le monde tel que le perçoit Nikolaï. Et l’auteur de pousser plus loin encore l’ambiguïté puisque certaines scènes imaginaires semblent si réalistes et indépendantes de la volonté de la représentation de Nikolaï qu’il semble que ses hallucinations portent en elles-mêmes leur propre réalisation. D’origine russe, A. Skorobogatov a écrit là ce qui pourrait devenir un nouveau Horla.

Karine Henry, Page des Libraires, Mars 2009

Alexandre Skorobogatov
Véra
Traduit du russe par Dany Savelli
AUTREMENT 120 p., 14 €